Remercier vos donateurs, oui. Mais pas n'importe comment.
ReImaginez : un donateur clique sur « confirmer » après un don en ligne. Deux minutes plus tard, un e-mail arrive. Généré automatiquement, poli, fluide. Et pour la plupart des donateurs : totalement prévisible.
La question est de savoir si cet e-mail change encore quelque chose à la relation.
Ces dernières années, un consensus s'est installé dans le secteur de la collecte de fonds autour du processus de remerciement : remercier vite, à chaque don, de la manière la plus automatisée possible. Le raisonnement semble logique. Mais la recherche, tout comme l'expérience de terrain, nuance ce constat.
Ce que dit la recherche
McConkey Johnston International a étudié l'effet des lettres de remerciement personnalisées auprès des nouveaux donateurs. Les donateurs qui recevaient un remerciement personnalisé dans les 48 heures suivant leur premier don donnaient quatre fois plus souvent une seconde fois. Le mot clé, ici, c'est « personnalisé » : pas une confirmation générique, mais un remerciement qui donnait l'impression d'avoir été écrit spécifiquement pour cette personne.
Ce constat est confirmé par les travaux de Penelope Burk, rassemblés dans son ouvrage Donor-Centered Fundraising. Burk a demandé aux donateurs ce qui les avait poussés à faire un second don. 45 % ont cité une excellente lettre de remerciement après leur premier don comme facteur décisif. Pas la campagne. Pas la newsletter. Le remerciement.
Dans le même temps, l'Abila Donor Loyalty Study montre que 71 % des donateurs se sentent plus impliqués envers une organisation lorsqu'ils reçoivent du contenu personnalisé. Pas plus de contenu. Pas un contenu plus rapide. Du contenu personnalisé.
Ces trois constats pointent dans la même direction : c'est la qualité et la pertinence d'un remerciement qui déterminent son effet, pas son volume.
Un processus de remerciement contre une stratégie de remerciement
Il y a une différence fondamentale entre les deux.
Un processus de remerciement envoie le même e-mail pour chaque don, quelques minutes après la transaction. C'est scalable, et ça coche une case. Mais en tant que geste relationnel, ça ne pèse pas lourd.
Une stratégie de remerciement choisit délibérément quel donateur reçoit quelle forme de reconnaissance, et à quel moment. Elle s'appuie sur ce que votre CRM sait déjà : historique des dons, centres d'intérêt thématiques, préférences de communication, implication dans les projets. Et elle ose affirmer que tous les dons ne méritent pas le même suivi, mais que chaque relation précieuse mérite une réelle attention au bon moment.
Cela demande des choix. Quels déclencheurs définissez-vous ? Un premier don. Un troisième don en l'espace d'un an. Le passage à un soutien mensuel. Un donateur qui redonne après des années d'inactivité. Pour chacun de ces moments, vous décidez quel canal et quel contenu conviennent.
Une personnalisation qui va au-delà du prénom et du montant
Beaucoup d'ONG affirment personnaliser leurs communications, mais entendent par là que le prénom et le montant du don s'insèrent automatiquement dans l'e-mail. C'est un début, mais les donateurs sentent la différence entre un e-mail qui leur est destiné et un e-mail qui leur est vraiment adressé.
Une vraie personnalisation se construit sur plusieurs niveaux.
Le premier, c'est le contexte relationnel : depuis combien de temps la personne est-elle donatrice, quel est son profil de don, est-elle aussi bénévole ou ambassadrice ?
Le deuxième, c'est l'intérêt thématique : sur quels projets ou thèmes la personne a-t-elle donné par le passé ? Quels contenus ouvre-t-elle, sur lesquels clique-t-elle ?
Le troisième, c'est le lien de contenu : le remerciement fait explicitement référence à ces thèmes et partage une actualité pertinente pour cette personne précise.
Imaginez qu'un donateur ait soutenu votre projet « abeilles » chaque année depuis deux ans. Il serait dommage d'ouvrir l'e-mail de remerciement par un long récit sur les hérissons, en mentionnant en passant qu'il « se passe aussi quelque chose avec les abeilles ». Il est bien plus fort d'ouvrir sur une actualité concrète de ce projet abeilles, de citer un résultat précis, et de faire ainsi sentir : « Nous savons ce qui compte pour vous. »
Old school : des cartes manuscrites pour un groupe restreint
Une carte manuscrite a toujours quelque chose de particulier. Tout le monde sait que ça prend du temps, et c'est précisément pour ça que ça sonne sincère. Une organisation ne peut pas faire ça pour chaque donateur, mais elle peut l'utiliser de façon stratégique.
Sélectionnez chaque semaine 20 à 25 donateurs dans votre CRM sur la base d'un critère significatif : un premier don, une année anniversaire, une réactivation. Écrivez-leur une courte carte personnelle. Vous en envoyez moins qu'avec un envoi massif, mais chaque carte est un signal clair : cette personne est plus qu'une ligne dans la base de données.
L'IA comme assistante, pas comme raccourci
Les organisations qui veulent personnaliser à grande échelle se tournent de plus en plus vers l'IA. C'est compréhensible : on ne peut pas rédiger manuellement un e-mail de remerciement distinct pour chaque donateur.
Mais la façon dont l'IA est utilisée fait toute la différence.
Utilisée comme raccourci, l'IA produit des textes qui ont l'air personnalisés sans l'être. Des études montrent qu'une part importante des donateurs en ligne se disent moins enclins à donner face à un usage opaque de l'IA. Ce n'est pas une raison d'éviter l'IA, mais c'est le signal que le contrôle qualité doit se jouer en amont, dans la conception et les garde-fous, pas comme une vérification après coup.
Utilisée comme assistante stratégique, l'IA fonctionne autrement. Vous constituez d'abord une base de contenu : extraits de rapports annuels, mises à jour de projets, récits d'impact, éléments de reporting interne que vous pouvez partager. Cette base est constituée de façon réfléchie.
Vous alimentez ensuite le système avec les données CRM de chaque donateur : centres d'intérêt, comportement de don, préférences de communication. Sur cette base, le système rédige un e-mail personnalisé, adapté à cette personne précise.
Le contrôle qualité ne se joue pas dans la relecture de chaque e-mail après coup, mais dans ce que vous configurez en amont. Quels sujets, quelles formulations ou quelles situations ne doivent jamais apparaître dans un e-mail de remerciement ? À partir de quels seuils, un montant de don exceptionnel, une situation sensible, un profil de donateur particulier, le système doit-il transmettre le cas à un suivi humain plutôt que de l'envoyer automatiquement ? Une fois ces critères bien définis, le système peut fonctionner de façon autonome, sans que chaque e-mail doive être vérifié individuellement.
Vous combinez ainsi l'échelle et la profondeur. Des centaines d'e-mails de remerciement qui correspondent réellement à qui est chaque donateur, entièrement automatisés, sans perte de pertinence.
De l'automatisme à l'attention
Envoyer davantage de remerciements n'est pas la solution. De meilleurs remerciements, si. Chaque automatisation, chaque couche de personnalisation, chaque carte manuscrite sert le même objectif : donner au donateur le sentiment d'être vu, pas compté.
Ce qui compte, c'est la qualité et la pertinence de chaque point de contact. La volonté d'affirmer que tous les dons ne méritent pas un suivi personnel, mais que chaque relation précieuse mérite la bonne attention au bon moment. Et la volonté de ne plus traiter votre CRM comme une base de données transactionnelle, mais comme le socle d'une véritable stratégie relationnelle.
Les donateurs voient la différence. Reste à savoir si nous, professionnels de la collecte de fonds, la voyons tout aussi bien.
Fundflow est la solution CRM basée sur Salesforce pour la collecte de fonds, conçue pour les ONG belges et européennes. Avec ses fonctionnalités de suivi de l'historique des donateurs, de segmentation et d'automatisation de la communication, Fundflow aide les organisations à transformer leur processus de remerciement en une véritable stratégie de stewardship.
Fundflow est un produit d'Impactella.
Sources
- McConkey Johnston International. L'effet des lettres de remerciement personnalisées sur la fidélisation des donateurs. Cité via SOFII. https://sofii.org/article/how-thanking-can-transform-your-relationship
- Burk, P. (2003). Donor-Centered Fundraising. Cygnus Applied Research. https://www.cygresearch.com/donor-centered-fundraising
- Abila (2016). Donor Loyalty Study: A Deep Dive into Donor Behaviors and Attitudes. https://www.prnewswire.com/news-releases/abila-donor-loyalty-study-finds-content-and-personalization-key-to-donor-loyalty-across-generations-and-income-levels-300250649.html
- Kindsight (2025). Donor Stewardship Guide for Nonprofits (incl. chiffres de rétention 2024). https://kindsight.io/resources/blog/individual-donor-stewardship/
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